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Le Projet Moineau Domestique (Passer domesticus) - The House Sparrow’s Project

Parallèlement à ce qui a été mis en place sur le continent, un projet d’étude du moineau domestique va être mis en place sur Ouessant (29). Voici en détail le projet

Impact des changements d’origine anthropique sur la biodiversité. Compréhension des mécanismes génétiques et physiologiques associés au déclin d’un oiseau commensale de l’homme :
le moineau domestique
Passer domesticus

- Le contrôle de l’impact des activités de l’homme sur la biodiversité
est un des principaux défis auquel la communauté scientifique
internationale doit faire face. Les modifications de l’environnement
provoquées directement et/ou indirectement par l’homme touchent
l’ensemble de la biodiversité. Qu’il s’agisse de changements
climatiques, destruction et modification des habitats, introduction
d’espèces envahissantes, exploitation des ressources naturelles, les
activités de l’homme sont, dans beaucoup de cas, associées à un déclin
sensible des effectifs des populations animales et végétales. Les
populations d’oiseaux ont fait l’objet d’attentions particulières à
cause de la valeur patrimoniale que ces espèces recouvrent aux yeux de
la société, ainsi que de leur rôle en tant qu’indicateurs biologiques.
Des recensements effectués au cours des dernières décennies ont mis en
exergue l’impact des activités humaines sur les effectifs d’oiseaux
vivant dans les milieux agricoles. En guise d’exemple, des
recensements effectués en Angleterre par le British Trust for
Ornithology (BTO) ont démontré que 116 espèces d’oiseaux associées aux
milieux agricoles (20% de l’avifaune européenne) présentent des
problèmes liés à leur conservation.
Il peut paraître paradoxal que l’impact des activités anthropiques sur
l’avifaune soit manifeste même pour des espèces commensales de l’homme
qui ont connu une longue histoire commune avec notre espèce. Tel est
le cas du moineau domestique (Passer domesticus). Ce petit passereau
est étroitement lié aux habitats façonnés par l’homme. Le
commensalisme du moineau domestique, sa capacité à tirer profit des
ressources mises à disposition par les activités anthropiques, ont
fait de cette espèce un des vertébrés les plus répandus. Cette année
le moineau domestique s’est vu inscrire sur la liste rouge des espèces
d’oiseaux menacées de Grande Bretagne : 30 ans de suivis et d’étude
concordent pour indiquer une disparition d’au moins 50% des moineaux
britanniques soit 10 millions d’individus manquants, diminution qui va
en s’accélérant, dans les grandes villes notamment (par ex., - 90% à
Londres entre 1990 et 2000). Ce constat alarmant est confirmé par des
suivis d’oiseaux communs en Allemagne, Pays-Bas et Belgique. En
France, le moineau domestique, encore abondant et largement répandu,
présente néanmoins des signes avant-coureurs de ce déclin annoncé : le
suivi national STOC indique une diminution de 16% entre 1989 et 2001.
Au-delà de la perte regrettable de ce compagnon familier des villes,
banlieues, villages et fermes, ce déclin nous interpelle tout
particulièrement car il laisse penser que c’est l’environnement
immédiat du moineau, donc le nôtre, qui est affecté.
Malgré son abondance et la grande variété des milieux fréquentés, nous
n’avons que de vagues hypothèses sur les mécanismes du déclin de cette
espèce. Un des aspects particulièrement troublants vient du fait que
ce déclin concerne à la fois les populations rurales et les
populations urbaines. Un autre aspect inquiétant réside dans le fait
que ce déclin suit la quasi-disparition (de -80% à -95% entre 1970 et
2000) d’une autre espèce de moineau autrefois abondant, le moineau
friquet. Ces déclins massifs, spécifiques aux moineaux d’Europe
occidentale, font penser à des phénomènes de type épidémiologique,
qu’ils soient liés à la pollution ou à une cause infectieuse.

Pour répondre à ces questions nous proposons de mettre en place un
réseau de surveillance des populations de moineau domestique d’Ile de
France permettant d’établir les mécanismes du déclin des populations
dans ce contexte épidémiologique.

L’Ile-de-France offre deux atouts remarquables pour ce projet :
(1) c’est d’une part un bastion du moineau domestique.
(2) la région présente des habitats contrastés pour cette espèce : une
mégalopole avec des espaces verts refuges pour la vie sauvage, une
banlieue très diversifiée quant à son ancienneté et la structure de
l’habitat et des paysages agricoles. Chaque situation offre des
conditions bien contrastées pour le moineau domestique et donc autant
de possibilités d’étudier l’influence du milieu sur le devenir des
populations.
La mise en place de ce réseau de surveillance a récemment reçu l’appui
de la Région Ile-de-France pour assurer les frais de fonctionnement
liés aux différentes activités développées. De plus, l’obtention d’une
allocation de thèse pour Melle Claire Loiseau s’inscrit dans la
continuité de ce projet car elle permettra de bénéficier d’une
personne en charge plus particulièrement pour les aspects
physiologiques et génétiques et de leur lien avec les trajectoires
démographiques des populations étudiées.

1. Objectif

L’objectif du présent projet est d’identifier le plus précisément
possible les pressions de sélection expliquant les tendances
démographiques observées chez le moineau domestique. La première étape
a consisté à mettre en place des populations d’étude suivies chacune
par des bagueurs bénévoles coordonnés par le Centre de Recherche de
Biologie de Populations d’Oiseaux (Romain Julliard, Muséum National
d’Histoire Naturelle de Paris). Dans ces populations suivies, nous
quantifierons tout d’abord comment les paramètres démographiques
(survie, fécondité, recrutement) varient entre environnements. Cette
description reposera sur les suivis de capture-recapture (avec capture
au filet) qui documenteront la variabilité des fonctionnements
démographiques dans les différents environnements anthropisés occupés
par l’espèce. Lors des captures, les individus seront marqués
individuellement par un baguage coloré. Simultanément aux suivis de
capture-recapture, nous collecterons des données visant à identifier
les pressions de sélection à l’origine des différences de
fonctionnement démographique. Les processus sélectifs seront
appréhendés par trois approches :
- La première visera à identifier l’importance de la variabilité
génétique selon les différents environnements.
- La deuxième approche consistera à caractériser les conditions de
santé et toxicologiques des individus dans les populations suivies à
l’aide de divers indices : mesures de polluants, de biomarqueurs
biochimiques, stress oxydant.
- La troisième approche portera sur l’identification d’éventuelles
différences de communautés de pathogènes entre environnements.


2. Résultats attendus

Pour ces trois approches (génétique, toxicologique et
parasitologique), les variables relevées seront analysées à deux
niveaux. Au niveau populationnel, elles permettront de faire le lien
entre les caractéristiques moyennes des individus d’une population et
son contexte environnemental. Sous un environnement donné, tous les
individus pourraient avoir des performances amoindries quelles que
soient leurs caractéristiques individuelles (maladaptation générale,
environnement délétère). Par contre si, par l’analyse au niveau
individuel, nous révèlons des relations entre les performances
individuelles (fécondité, recrutement, survie) et les caractéristiques
individuelles (génotype, statut parasitaire, condition de santé,
toxicologie), alors nous aurons mis en évidence des processus
sélectifs susceptibles d’expliquer la relation entre les tendances
démographiques et la nature de l’environnement. Nous aurons ainsi
identifié les caractéristiques qui sont sélectionnées et permettront
l’adaptation aux modifications environnementales imposées par l’homme.

3. Plan de la recherche proposée

Le suivi par capture-recapture permet d’étudier la dynamique des
populations en ayant accès aux paramètres démographiques tels que le
taux de survie, le recrutement de nouveaux individus et la probabilité
de déplacement entre sites. Les bagueurs du CRBPO collectent
annuellement environ 3.000 données sur le moineau domestique. Nous
disposerons ainsi d’un réseau de populations dont le fonctionnement
sera connu en détail (paramètres démographiques, composition
génétique, état physiologique, toxicologique et sanitaire) et qui
permettra de révéler par quels biais l’évolution des habitats se
traduit par des déclins de populations.
Afin d’appréhender les conséquences évolutives, c’est à dire à long
terme, des changements environnementaux, il est nécessaire
d’identifier comment les tendances démographiques interfèrent dans la
transmission du patrimoine génétique d’une génération à la suivante.
Pour ce, il faut suivre simultanément l’évolution de la diversité
génétique par deux types d’outils génétiques : des marqueurs « 
contrôles » (dits neutres), révélant l’évolution de la diversité des
gènes non sélectionnés, et des marqueurs soumis à sélection, dans
notre cas les gènes du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH). Ces
derniers sont sélectionnés du fait de leur implication dans la mise en
place de la réponse immunitaire.
Sur chacun des sites retenus, nous proposons d’estimer les prévalences
et intensités parasitaires pour les différentes espèces de parasites
sanguins et de bactéries composant la flore cloacale. La présence et
l’intensité de parasites et pathogènes seront analysées à l’aide de
PCR avec des sondes spécifiques. Ces données permettront de comparer
la pression parasitaire entre les sites retenus. A la capture, une
petite quantité de sang sera prélevée pour chaque individu. Ce petit
volume sera utilisé pour extraire le matériel génétique, mais
également pour effectuer des tests biochimiques permettant de
caractériser l’état de santé des individus. Il faut noter que les
prélèvements de sang qui seront réalisés sont beaucoup plus faibles
que ceux pratiqués sur les humains pour faire la plus simple analyse
de sang. Des prélèvements de ce type sont pratiqués régulièrement sur
les passereaux sans impact mesurable sur leur physiologie. Enfin nous
effectuerons des mesures de présence de différents polluants déposés
sur les plumes.
Le démarrage immédiat du suivi des populations de moineau domestique
permettra de disposer rapidement de matériel biologique pour les
analyses génétiques et biochimiques. Ces analyses seront réalisées par
Mll Claire Loiseau au fur et à mesure du suivi démographique. Au bout
de la deuxième année, les données récoltées, et les analyses
statistiques qui seront effectuées, devraient nous permettre d’aborder
la question de la variabilité entre populations des caractéristiques
génétiques, physiologiques, toxicologiques et sanitaire, de relier
cette éventuelle variabilité aux caractéristiques environnementales des différents sites et de vérifier le lien avec les trajectoires
démographiques

Catégorie LES ESPECES & LES ETUDES - SPECIES & STUDIES.

Dernière mise à jour le lundi 10 avril 2006


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